25 octobre 2004
Campagne DETOX : Mauvais sang ?
Des ministres venant de 13 pays de l’union Européenne contaminés par des dizaines de produits chimiques industriels...
Ces résultats, qui proviennent d’un rapport publié aujourd’hui par le WWF dans le cadre de sa campagne européenne sur les produits chimiques toxiques (DetoX), font suite aux prélèvements sanguins effectués en juin dernier sur 14 ministres européens de l’environnement et de la santé.
Un total de 55 produits chimiques toxiques a en effet été retrouvé dans le sang des ministres testés par le WWF. Parmi ces produits, certains sont utilisés dans les fauteuils traités pour résister au feu, les poëles anti-adhésives, les cartons à pizzas anti-graisse, le PVC flexible ou dans certains parfums et pesticides. Plusieurs de ces produits ont été interdits depuis des décennies, mais beaucoup d’autres sont toujours utilisés aujourd’hui.
“Les ministres sont tous contaminés par des produits chimiques toxiques industriels dont les effets sont encore largement méconnus”, s’alarme Karl Wagner, le directeur de la Campagne DetoX au WWF. “Il est difficile de croire que les législateurs ont laissé de telles expérimentations incontrôlées se dérouler pendant si longtemps!”
Les 55 produits chimiques toxiques retrouvés dans le sang des ministres représentent 53% des 103 produits recherchés (2), provenant de 7 groupes différents. La moyenne de produits chimiques présents dans le sang de chaque ministre testé se chiffre à 37, le nombre le plus élevé de produits détectés chez une seule personne étant de 43 et le plus bas de 33.
25 des mêmes produits ont été retrouvés dans le sang de tous les ministres: 1 retardateur de flamme, 2 types de pesticides et 22 PCB (biphényles polychrorés).
La contamination par les produits chimiques toxiques représente une menace pour la vie sauvage autant que pour les hommes. Ceux qui ont été retrouvés chez les ministres contaminent également les ours polaires, les dauphins, les oiseaux de proie et bien d’autres espèces, même dans les milieux les plus lointains. Bien que 86% des 2 500 produits chimiques utilisés en grande quantité ne bénéficient pas d’informations relatives à la sécurité qui permettent d’établir une évaluation de base sur ce sujet, la recherche relie de plus en plus ces produits aux cancers, allergies, problèmes de reproduction et anomalies du développement chez les enfants.
Beaucoup des substances relevées dans le sang des ministres sont persistantes, bio-accumulables et susceptibles de pertuber les systèmes hormonaux des hommes et de la faune. La propriété qu’ont certaines d’entre elles d’interférer avec nos homornes n’a été découverte par les scientifiques qu’assez récemment, et encore plus dernièrement par l’industrie chimique.
Ces tests sanguins sont l’une des contributions du WWF au débat en cours à l’Union Européenne sur REACH – le nouveau projet de loi sur les produits chimiques toxiques qui devrait mener à l’identification et à l’élimination progressive des substances les plus nocives.
“L’industrie chimique argumente, apparemment avec sérieux, en prétendant qu’elle n’a pas les moyens de savoir si ses produits sont dangeureux”, s’étonne Karl Wagner... “Le WWF lui répond que, au nom de la vie sur terre – la nôtre incluse -, nous n’avons pas les moyens de ne pas savoir”.
Des tests ont également été effectués sur 11 autres personnes, parmi lesquelles la Directrice de l’Agence Européenne de l’Environnement Jacqueline McGlade. Leurs résultats ne sont cependant pas inclus dans le rapport sur ceux des ministres, mais sont similaires.