16 août 2007
Le changement climatique, susceptible d'aggraver la faim dans le monde
7 aôut 2007, Chennai/Rome- Le changement climatique nuira vraisemblablement à la production vivrière du monde en développement, tandis que les pays industrialisés pourraient enregistrer des gains de production, a déclaré le Directeur général de la FAO, M. Jacques Diouf, aujourd'hui, dans une allocution prononcée lors de la Conférence de la Fondation de recherche M.S. Swaminathan à Chennai (Inde).
"Le rendement potentiel est susceptible d'augmenter aux plus hautes latitudes, selon les cultures, en cas d'accroissement moyen de la température de la planète de 1 à 3°C, puis de diminuer ensuite", a-t-il indiqué. "En revanche, aux plus faibles latitudes, en particulier dans les régions tropicales aux sécheresses saisonnières, il reculera probablement, y compris en présence de légères augmentations de température, ce qui accentuerait le risque de faim". L'augmentation de la fréquence des sécheresses et des inondations aurait des répercussions négatives sur la production locale, en particulier dans les secteurs de subsistance à faible latitude, a ajouté M. Diouf.
"L'agriculture pluviale dans les zones marginales des régions semi-arides et subhumides est la plus à risque", a-t-il expliqué. "L'Inde pourrait perdre 125 millions de tonnes de céréales non irriguées - soit l'équivalent de 18 % de sa production totale". Les impacts du changement climatique sur les forêts et sur les populations tributaires des forêts sont déjà manifestes avec la multiplication des feux de forêt et des foyers de ravageurs et de maladies. Selon M. Diouf, une adaptation au changement climatique sera nécessaire dans un grand nombre d'écosystèmes, y compris les agro-écosystemes (cultures, élevage et herbages), les forêts et les terres boisées, les eaux continentales et les écosystèmes côtiers et marins.
Exploitation des nouvelles biotechnologies
La science et la technologie devront être le fer de lance de la production agricole au cours des 30 prochaines années, à un rythme plus soutenu que ne l'a fait la Révolution Verte durant les trois dernières décennies, a affirmé M. Diouf. "L'exploitation des nouvelles biotechnologies, et notamment la culture in vitro, le transfert d'embryons et l'utilisation de marqueurs ADN, peut compléter les approches classiques de sélection, en accroissant les niveaux de rendement et l'efficacité d'utilisation des intrants, en réduisant les risques et en améliorant la qualité nutritionnelle," a-t-il affirmé.
Il a cependant souligné que la plupart des plantes génétiquement modifiées cultivées aujourd'hui ont été conçues pour leur tolérance aux herbicides et leur résistance aux parasites. Mais les cultures OGM présentant des traits précieux pour les agriculteurs pauvres, en particulier face au changement climatique - tels que la résistance à la sécheresse, aux températures extrêmes, à l'acidité et à la salinité du sol - ne sont pas encore une réalité. "Je ne me lasserai pas de réaffirmer la nécessité d'affronter également les besoins des agriculteurs pauvres dans les zones pluviales et sur les terres marginales", a déclaré M. Diouf. "Veiller à ce que les nouvelles biotechnologies contribuent à ce but, en tenant pleinement compte des considérations de biosécurité, de socio-économie et d'éthique liées à l'utilisation de certaines de ces technologies, demeure un défi pour toute la communauté scientifique".
En Inde, pas que des succès
Faisant remarquer que le thème de la Journée mondiale de l'alimentation de cette année (15 octobre) est "le droit à l'alimentation", M. Diouf a félicité l'Inde pour son rôle de pionnier et de modèle dans la mise en application de ce droit grâce aux contributions de tous les secteurs de la société. En particulier, il a mis l'accent sur le Programme intégré pour le développement de l'enfant (ICDS), qui offre à des millions de mères et d'enfants des services de soin, une éducation nutritionnelle et sanitaire, une éducation préscolaire, une alimentation complémentaire, un suivi et une promotion de la croissance, et se rattache aussi aux services de santé de base comme l'immunisation et la complémentation en vitamine A.
En outre, le Directeur général de la FAO a félicité l'Inde pour son programme national " Midday Meal " qui offre des repas gratuits aux écoliers, et pour sa loi de garantie de l'emploi rural visant à affronter les problèmes de pauvreté rurale. Et pourtant, ces succès n'éclipsent pas pour autant les problèmes qui demeurent, a également remarqué M. Diouf.
"Aux succès impressionnants de la croissance économique de l'Inde et de son émergence en tant que puissance mondiale s'oppose un tableau plus sombre, une bonne partie de la population indienne ne bénéficiant pas des transformations dynamiques en cours dans le pays", a-t-il remarqué, citant des statistiques de l'Enquête nationale sur la santé des familles qui montrent que 40 pour cent des adultes du pays sont trop maigres et que 79 pour cent des enfants de 3 mois à 3 ans souffrent d'une forme d'anémie.
"Aucun état en Inde n'est exempt d'affections liées aux carences en iode, tandis que la carence en vitamine A continue d'être un problème de santé publique parmi les écoliers d'âge préscolaire. Dans un pays où 348 millions d'habitants ont moins de 14 ans, il s'agit de niveaux alarmants de malnutrition infantile," a mis en garde M. Diouf.
Source : FAO
17 juin 2007
Stopper le changement climatique
En mai, le Parlement européen a mis sur pied une « commission temporaire sur le changement climatique ». Son but : développer une stratégie européenne transversale pour lutter contre le réchauffement de la planète. Son rapporteur, l’allemand Karl-Heinz Florenz, estime que cette commission devra rapidement définir ce qu’il nomme la « carte de visite » que l’Europe pourra présenter au reste du monde. Surtout, l’Europe devra mener une véritable révolution industrielle, plutôt qu’être fataliste.
M. Florenz, quelles seront les priorités de cette commission sur le changement climatique, et de quelle manière peut-elle être complémentaire aux autres commissions du Parlement, comme celle de l’environnement ou du transport ?
« Il y a beaucoup d’expertise au Parlement, répartie entre les différentes commissions. La tâche principale de la commission temporaire sur le changement climatique sera de rassembler toutes ces connaissances. Personne ne doit s’inquiéter du fait que notre travail puisse se faire au détriment des autres commissions. Les commissions ayant un pouvoir législatif, comme la commission de l’environnement, resteront en charge du travail législatif.
Notre commission temporaire devra se concentrer sur les questions multidisciplinaires, horizontales et adopter une approche transversale, sans aller dans les détails trop techniques. En fait, nous n’avons pas beaucoup de temps : la commission travaillera pendant un an, un an et demi au maximum. De plus, nous sommes sous la pression du temps parce qu’il semble que le réchauffement climatique, lui, ne prend pas de pause !
Finalement, il est très important que nous définissions ce que j’appelle la « carte de visite » européenne -une carte que nous présenterons aux américains, aux chinois et aux indiens. Le plus tôt nous le faisons sera le mieux, parce qu’alors les industries européennes pourront faire les recherches et le développement de nouvelles technologies, comme pour les filtres, les centrales au charbon propres et les voitures. Si l’industrie automobile européenne ne construit pas les voitures les plus propres au monde, d’autres le feront et elle sera en difficulté. Les chinois et les indiens n’auront bientôt pas d’autre choix que de conduire des voitures propres, sinon ils mourront du fait de la pollution. »
Les accords de Kyoto sur le changement climatique prendront fin en 2012. Que devra-t-il se passer après ?
« Ce qui est clair, c’est que l’industrie a besoin de chiffres définitifs pour la période après Kyoto. Il lui faut des certitudes, car lorsqu’on veut construire une nouvelle centrale électrique, il faut la planifier ! Les décideurs politiques doivent fixer des objectifs stricts mais réalisables.
Souvent, dans le passé, lorsque nous présentions une nouvelle réglementation environnementale, il y avait dans un premier temps une « humeur fataliste » au sein de l’industrie. Mais au final, tout se passait bien et la législation avait en fait pour effet de stimuler les exportations. Un bon exemple pour illustrer cela, c’est la directive sur le recyclage des voitures et le règlement sur les déchets électroniques. Désormais, on ne voit plus, jetés dans nos forêts, de vieilles voitures ou de vieux frigidaires et la Chine utilise notre législation comme exemple. C’est vraiment un succès. »
Donc les intérêts des entreprises ne sont pas nécessairement en contradiction avec la protection du climat ? Mais l’Europe n’aura-t-elle pas un prix à payer pour être si ambitieuse dans ses politiques de lutte contre le changement climatique ?
« Dans certains domaines bien sûr, la lutte contre le changement climatique va coûter de l’argent. Mais par exemple en ce qui concerne le chauffage, la situation est gagnante-gagnante. Un tiers de nos émissions proviennent de nos maisons.
Pour stopper ou limiter le réchauffement de la planète, je ne crois pas qu’il faille chercher trois fortes épaules pour porter tout le poids de ce que nous devons faire. Je cherche plutôt des centaines de petites épaules. Nous devons partager le fardeau et ainsi l’alléger pour tout le monde.
Je ne veux pas seulement considérer les grosses cheminées polluantes, mais aussi toutes nos petites maisons. Chez moi, dans ma petite ferme, j’ai demandé des conseils à un expert local : j’ai pu ainsi économiser 72 tonnes de CO2 par an ! De telles mesures sont possibles pour chaque famille, mais cela doit être soutenu par les gouvernements. Et l’avantage, c’est que l’argent reste dans la région, contrairement à l’argent dépensé pour acheter du pétrole pour le chauffage.
Nous devons réaliser que c’est une opportunité : dans ma région, on produit une mince feuille de 0.3 millimètres d’épaisseur, que l’on colle sur la fenêtre pour empêcher la chaleur du soleil d’entrer. Dans les pays du Sud, cela permettrait de remplacer l’air conditionné. C’est une innovation ! Cela ne suffit pas de dire aux gens d’éteindre leur système d’air conditionné : il doit y avoir une raison pour ne plus en avoir besoin.
Nous sommes sur le point de réaliser une nouvelle révolution industrielle. Par exemple, il pourrait y avoir de petites turbines éoliennes pour chaque maison. C’est le genre de choses que nous devons promouvoir. Il y a tellement de possibilités que nous devons exploiter ! Nous devons le faire pour que la jeune génération puisse un jour dire que nous n’avons pas été mauvais sur toute la ligne. »
Source : Europarl
05 septembre 2006
D'avantage de typhons dans le Pacifique
D'après l'Agence Météorologique Japonaise, davantage d'ouragans ont franchi la ligne internationale de changement de date dans l'Océan pacifique et sont devenus des typhons ces dernières années.

Typhon Sudal, sud du Japon. Photographie Nasa
Six cas d'ouragans ayant traversé la ligne ont eu lieu au cours des quatre décennies qui ont précédé 1990, contre 10 dans les années 1990 et au 21e siècle, selon l'agence, qui a commencé à surveiller les ouragans en 1951.
Le dernier cas est le typhon no.12, qui a émergé le 21 août sur la partie orientale de la ligne au-dessus du Pacifique du Nord et l'a franchie le 27 août.
Quant à la cause de ce phénomène, des météorologues et experts japonais n'en sont pas encore sûrs. A l'heure actuelle, les climatologues du monde entier débattent sur la question de savoir si le réchauffement mondial a un rapport avec la prolifération des ouragans et typhons où s'il s'agit simplement d'un cycle naturel.
23 avril 2006
Chine : sécheresse historique dans la province du Hubei
La province chinoise du Hubei, dans les environs de Pékin, subit sa pire sécheresse en 55 ans. Des centaines de milliers de personnes manquent d'eau potable.
Cette sécheresse, la pire depuis celle de 1951, a détruit les récoltes
de blé, céréale cultivée sur 1,6 million d'hectares dans cette
province. Le niveau des nappes phréatiques de la province a baissé de
deux mètres par rapport à l'an dernier.
Chengde, ville du Hebei à 200 km au nord-est de Pékin, n'a enregistré
que 33 mm de précipitations depuis le troisième trimestre 2005.
La Chine
s'est lancée dans un ambitieux projet de détournement des eaux
fluviales. Près de 45 milliards de m3 d'eau du Fleuve jaune, du Yangtzé
et d'autres cours d'eau seront dirigés chaque année vers le nord de la
Chine lorsque le projet sera achevé, à l'horizon 2050. Le pays, où vit
21% de la population mondiale, ne dispose que de 7% des ressources
mondiales en eau. La Chine consomme cinq fois plus d'eau par habitant
que la moyenne mondiale.
20 février 2006
Groenland : la fonte des glaciers s'accélère
Après l'appel de Londres et ses craintes de voir les conséquences du
réchauffement climatique être plus graves que l'on ne l'imaginait, une
nouvelle étude tend à démontrer que les glaciers du sud du Groenland
rejettent de plus en plus de glace dans l'Atlantique, contribuant ainsi
davantage à l'élévation du niveau de la mer qu'on ne le pensait
jusqu'alors. A paraître aujourd'hui dans la revue scientifique Nature,
les travaux de deux chercheurs américains montrent que des températures
plus élevées augmentent la quantité d'eau fondue à l'endroit où les
glaciers glissent sur la roche.
Comme
sur un tapis de billes, les glaciers avancent plus vite qu'auparavant
vers l'atlantique. Ce sont des données satellitaires collectées depuis
1996 qui ont permis d'établir la vitesse des glaciers qui progressent
de 13 à 15 kilomètres par an pour les plus rapides et rejettent une
quantité croissante de glace dans l'Atlantique. Les chercheurs
craignent par ailleurs que la poursuite du réchauffement climatique
conduise au même phénomène pour les glaciers du nord du Groenland. Ces
glaciers pourraient désormais représenter près de 17% de la hausse
annuelle du niveau de la mer, ce qui est deux fois plus élevé que les
précédentes estimations.
Conjuguée à la dilatation des océans sous l'effet de l'augmentation de leur température, cette accélération de l'apport d'eau depuis les glaciers pourrait rapidement conduire à des innondations catastrophiques dans les zones cotières. Seules, d'abondantes chutes de neiges pourraient ralentir la perte de glace, mais ne résoudraient en rien la montée des océans.
L'avertissement de Londres prend ici encore plus de sens.
Source : Sciences&Nature - O. FRIGOUT
27 janvier 2006
2005 année la plus chaude jamais enregistrée
2005 a été l'année la plus chaude à la surface du globe depuis la fin du XIXe
siècle quand on a commencé à mesurer et prélever les températures
scientifiquement, selon la NASA, l'agence spatiale américaine.
La
température moyenne dans la zone arctique, où l'on a observé une
accélération de la fonte des glaciers, a été notablement élevée, relève
également le Goddard Institut pour les études spatiales de la NASA, qui
a effectué les analyses des données.
Cinq des années les plus chaudes ont été enregistrées au cours de la
dernière décennie avec le précédent record, très près de celui de 2005,
en 1998. Mais cette année-là, El Niño, le courant marin du Pacifique, a
été le plus chaud en un siècle, entraînant une hausse de la température
moyenne sur l'ensemble de la planète. Les autres années
particulièrement chaudes depuis dix ans ont été, outre 1998 et 2005,
2002, 2003 et 2004.
Au cours des trente dernières années, la Terre s'est réchauffée de 0,6
°C et de 0,8 °C depuis cent ans. Le XXIe siècle pourrait voir des hausses de température de 3 à 5 °C, selon des scientifiques de la NASA.
Source
: CatNat.net
12 janvier 2006
Séisme de magnitude 7 dans le Golfe de Californie
Un fort séisme de magnitudeg sept a frappé le Golfe de Californie. L'Institut américain de recherches géologiques (USGS) a rapporté qu'aucun dégât n'avait été signalé dans l'immédiat.
L'épicentre du séisme survenu à 08h32 GMT se situait à 89 kilomètres de Santa Rosalia, sur la côte Est de la péninsule de Basse-Californie et à 1.620 kilomètres au nord-ouest de Mexico, a ajouté l'USGS.
Selon le Centre d'alerte aux tsunamis, le séisme n'est pas susceptible de provoquer de raz-de-marée.
04 janvier 2006
La France sera à nouveau frappée par la sécheresse en 2006
La France se prépare d'ores et déjà à la sécheresse en 2006 - Après la sécheresse de 2005, la France doit se préparer à une nouvelle année 2006 très difficile, les pluies de l'automne ayant été loin d'être suffisantes pour recharger les nappes phréatiques. En effet, le déficit des pluies à l'automne a été très important. Aujourd'hui, nous sommes à mi-chemin de la période de recharge des nappes phréatiques et il manque, grosso modo, 50% de pluies sur la plus grande partie du territoire. Ainsi, à moins de très fortes précipitations dans les deux mois qui viennent nous pourrions avoir une sécheresse historique.
Les orages, rares en hiver, ne contribuent guère à restaurer les nappes car l'essentiel de l'eau ruisselle sur le sol. La neige est plus efficace mais ne change pas la donne, puisque 10 centimètres de neige correspondent à 1 cm d'eau. Si on ne prend en compte que les seules précipitations utiles - celles qui regonflent les nappes souterraines - la situation paraît encore plus tendue.
Sur la période entre le 1er septembre et le 30 novembre, les "pluies efficaces" ont été inférieures à la moyenne calculée depuis 1946 sur la quasi-totalité du territoire. Le Languedoc-Roussillon tire certes son épingle du jeu, mais une majorité de départements n'ont reçu que 30% ou moins des précipitations habituelles pour cette période de l'année. Dans le Poitou-Charentes, déjà très affecté par la sécheresse l'an dernier, le déficit pluviométrique est supérieur à celui de la célèbre année 1976. Le cours actuel de la Charente ne dépasse pas son niveau estival. Ailleurs, d'autres cours d'eau présentent une baisse de 20% à 70% de leur débit normal.
Pour cette raison, le Minsitère de l'Ecologie a lancé un appel à tous les acteurs économiques - les agriculteurs en particulier - pour qu'ils établissent leurs plans pour 2006 en prenant en compte la probabilité de coupures d'eau précoces. Fin janvier, les préfets devront avoir réuni les comités sécheresses départementaux. Une réunion sera ensuite tenue au niveau national début février. Une chartre sera signée avec les gestionnaires de terrains de golf pour obtenir une réduction de 30% en trois ans de leur consommation d'eau.
La coordination sera enfin renforcée entre départements pour éviter un traitement discriminatoire entre communes riveraines d'une même rivière.
08 décembre 2005
Le bulletin météo du siècle
Il n'est plus temps de se demander si le changement climatique va réellement se produire; il est en marche. L'urgence est plutôt de prendre des mesures pour nous y adapter et pas seulement pour tenter d'atténuer une évolution inéluctable. Tel est le message du professeur Guy BRASSEUR aux députés européens.
En commençant la quatrième Conférence annuelle du STOA au Parlement européen, dont il était l'invité d'honneur ce mercredi, Guy Brasseur entendait pourtant s'en tenir aux aspects scientifiques de l'évolution du climat. Mais les modèles de prévision qu'il a montrés, assortis d'animations souvent impressionnantes, ne pouvaient qu'interpeller l'auditoire - et surtout les députés présents - sur les actions à mener. C'est d'ailleurs la raison d'être du STOA (Scientific and Technological Options Assessment), une unité du Parlement qui, comme son nom anglais l'indique, contribue à apporter une capacité d'analyse scientifique et technologique aux législateurs européens. Une phrase du professeur Brasseur pourrait en être la devise: "Un bonne gouvernance requiert une bonne science". Cette unité est aujourd'hui présidée par Philippe BUSQUIN (PSE, BE), député et ancien commissaire européen à la Recherche.
Les prévisions météorologiques quotidiennes que nous suivons chaque soir à la télévision, avec images satellites animées, ne sont rien à côté des modèles développés par l'Institut Max Planck pour la Météorologie, situé à Hambourg et dirigé par le professeur Brasseur. Ces modèles, dont les députés ont pu voir les prédictions, constituent de véritables bulletins météorologiques à l'échelle du monde et à l'échelle du siècle. Qu'ils se fondent sur des hypothèses optimistes ou pessimistes, ils démontrent que le changement climatique est en marche et qu'il découle bel et bien, pour l'essentiel, de l'activité humaine.
De fortes variations régionales
Selon les modèles, la température moyenne de la Terre aura augmenté de 2,1 à 4,1°C en 2100 par rapport à la moyenne des années 1961-1990. La moitié des glaces de l'Arctique auront disparu mais l'été, dès 2080, les navires européens pourront rejoindre le Japon par le pôle Nord sans rencontrer le moindre glaçon. Le niveau des mers, en raison de ces fontes mais aussi de leur réchauffement global et donc de leur augmentation de volume, montera de 20 à 30 centimètres, voire 55 selon le scénario le plus pessimiste.
Sur le continent européen, les effets seront contrastés et il ne s'agira pas toujours de réchauffement: sécheresse accrue et même début de désertification dans le bassin méditerranéen (comme en Amazonie ou en Chine), pluies et inondations plus sévères en Europe centrale, refroidissement dans le Nord en raison du ralentissement du Gulf stream, tempêtes moins fréquentes mais plus violentes pour tous. L'avenir à très long terme est difficile à prévoir mais, à l'échelle d'une vie humaine, les changements annoncés sont inévitables. Même si les scénarios les plus optimistes sont un peu moins inquiétants, aucun modèle à l'étude n'est stable et les courbes de température continueront à augmenter après 2100. "Si on arrête toute émission de CO2 aujourd'hui, la température continuera à augmenter pendant 200 à 300 ans", a indiqué le professeur Brasseur.
"Kyoto ne suffit pas"
Face à un tel bulletin météo, il ne suffit pas de préparer son parapluie ou son parasol pour le lendemain. Que faire? Pressé de questions par les députés, le professeur Brasseur a bien entendu soutenu les efforts entrepris dans le cadre du protocole de Kyoto pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. "Mais Kyoto ne suffit pas", a-t-il aussitôt ajouté. "Pour influer sur les modèles, il ne faut pas réduire les émissions de 5 ou 10 %, mais de 80 ou 90 %. Kyoto n'est qu'une amorce de réponse." (Un message opportun à quelques jours de la Conférence de l'ONU sur le changement climatique, qui s'ouvre le 28 novembre à Montréal, et à laquelle assisteront des députés de la commission de l'Environnement.)
Mais alors, lui a demandé un député, quelles recommandations ferait-il aux dirigeants du monde ? Déclinant toute prétention de pouvoir convaincre George Bush, il tenterait d'abord de leur faire admettre que de profonds changements climatiques sont très probables. Ensuite, il leur dirait que "si des mesures d'atténuation sont nécessaires - comme le protocole de Kyoto -, il faut aussi mettre en oeuvre de nouvelles politiques énergétiques, en particulier aux Etats-Unis. Aux Européens, je dirais de ne pas se contenter du protocole de Kyoto mais de développer de nouvelles technologies." Et aussi de ne pas négliger la recherche "car beaucoup de processus sont encore peu connus" qui pourraient peut-être permettre de changer les données du problème. Manière élégante de dire qu'une bonne science a aussi besoin d'une bonne gouvernance.
Le PE est très actif dans le domaine du changement climatique. Le 16 novembre, il a adopté en plénière un rapport élaboré par Anders WIJKMAN (PPE-DE, SE) sur le changement climatique, qui comporte toute une série de recommandations d'actions politiques. Ce 22 novembre, la commission de l'Environnement a aussi adopté le rapport d'Anne FERREIRA (PSE, FR) sur les aspects environnementaux du développement durable qui sera soumis à la plénière en janvier. Un autre rapport est préparé par Edite ESTRELA (PSE, PT) sur les aspects environnementaux des récentes catastrophes naturelles en Europe.
Référence :
2005/11/23 09:00:00
Philippe Busquin (BE) - PSE - Président du STOA
22 novembre 2005
E$$o ne parviendra pas à museler Greenpeace
Paris, France — Après trois ans de bataille juridique, le géant pétrolier ESSO échoue à museler la liberté d'expression. Assignée en référé en juin 2002 et accusée de contrefaçon pour avoir parodié le logo de la compagnie sur son site Internet STOP E$$O, Greenpeace vient de gagner le 16 novembre 2005 l'appel de la procédure de fond.
Estimant que Greenpeace France est "restée sur le seul terrain de la polémique...", "n'a pas critiqué les produits vendus sous la marque ESSO..." et "a inscrit son action dans les limites de la liberté d'expression", la cour a rejeté l'action en contrefaçon menée par Esso. Et ce, notamment, en raison du "principe à valeur constitutionnelle de la liberté d'expression, par ailleurs reconnu par les traités et conventions internationales qui permet à l'association Greenpeace de dénoncer dans ses écrits ou sur son site, sous la forme qu'elle estime appropriée au but poursuivi, les atteintes à l'environnement et les risques causés à la santé humaine par certaines activités industrielles."
La Cour a également écarté l'argument de l'entreprise selon lequel Greenpeace serait intervenue dans la vie des affaires en vendant des tee-shirts portant la marque ESSO contrefaite et a stigmatisé la "plus parfaite mauvaise foi de la société ESSO" sur ce point (Les tee-shirts en question ayant été commercialisés par une structure britannique et non par Greenpeace France). L'action du pétrolier fondée sur les prétendus agissements parasitaires et de dénigrement de l'association est également rejetée car, estime la Cour d'appel, "la critique concernant la politique de la société ESSO, ouverte au public par l'association GREENPEACE FRANCE sur son site Internet n'excédant pas les limites de la liberté d'expression, il ne saurait y avoir dénigrement". La Cour souligne encore que ESSO a reconnu dans ses propres écritures (page 17§5) que "les produits et services ESSO ne souffrent d'aucune critique de la part de Greenpeace".
"Il s'agit d'une excellente nouvelle sur le fond et sur la forme, explique Laetitia de Marez, chargée de campagne Climat pour Greenpeace. Sur la forme, cela signifie que la liberté d'expression ne peut être muselée juridiquement. Sur le fond, et à moins de 10 jours de la COPMOP de Montréal où sera discuté l'après 2012 pour Kyoto, il faut rappeler qu'ESSO a déjà dépensé des millions de dollars pour saboter l'action internationale contre les changements climatiques, notamment en achetant la complaisance du Président Bush à l'égard de l'industrie pétrolière. Ce coup de projecteur sur la responsabilité d'une entreprise comme ESSO dans le réchauffement climatique global est donc particulièrement intéressant."
Pour rappel, Greenpeace a lancé en 2001 une campagne internationale de dénonciation de l'attitude d'Esso qui bien que compagnie pétrolière la plus riche et la plus influente du monde met tout en oeuvre depuis ces dix dernières années afin d'empêcher le consensus scientifique sur le réchauffement climatique et de s'assurer la complicité de l'administration Bush contre le protocole de Kyoto.
"Après cette victoire et en attendant une conclusion identique en janvier prochain dans le procès similaire intenté par Areva, nous continuons de montrer que les luttes légitimes peuvent et doivent se faire entendre, analyse Yannick Jadot directeur des campagnes de Greenpeace France. Une entreprise comme Esso doit absolument comprendre que son comportement et son impact sur la planète ne sont plus supportables. Au delà du cas ESSO, c'est une grande victoire pour la liberté d'expression".
